CCE SFR – 25/08/16 – Déclaration liminaire de la CGT au sujet de l’accord constitutif d’un « new deal ».

newdeal salariés en solde

Avant d’aborder le cœur du sujet, la CGT vous propose un petit rappel de l’histoire. Il y a plus de 120 ans, les salariés organisaient pour la première fois en France leurs syndicats d’entreprise et de corporation dans une structure dite confédérée.
La CGT était née.

Si les salariés se sont dotés, à cette époque, d’une telle structure, c’est qu’ils avaient conscience que les intérêts des employeurs et des propriétaires des « moyens de production » n’étaient pas compatibles avec les leurs, et qu’ils avaient besoin de se regrouper pour lutter tous ensemble contre ce système où certains s’enrichissent sur le dos de la majorité.

En effet, les salariés souhaitaient profiter des fruits de leur labeur quotidien pour améliorer leurs conditions d’existence alors que les employeurs souhaitaient s’accaparer le profit issu de la production et développer autant que possible le sur-profit. Entre les deux aspirations, pas de conciliation possible, les intérêts étaient et demeurent antagoniques.
Dans les décennies qui suivirent, la lutte entre ces intérêts antagoniques a fait rage. Parfois les exploités ont conquis, par des actions de grève dans la majorité des cas, des droits pour tout ou partie des salariés en France.
Force est de constater que depuis 1895, le mouvement syndical en France a connu de profonds bouleversement conduisant à un émiettement des forces.

Aujourd’hui, le paysage syndical est donc plus divers qu’il ne l’était auparavant. Cela se vérifie chez SFR où de nombreuses organisations prétendent défendre l’intérêt des salariés.
L’accord présenté aujourd’hui au CCE montre à quel point les organisations signataires de l’accord « new deal » défendent objectivement les intérêts de notre actionnaire, au détriment de l’intérêt des salariés, mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

Avant cela, attardons-nous un peu sur ce fameux accord. Sur son titre tout d’abord. Il s’agirait d’un New Deal… rien que ça.
Cela n’aura échappé à personne, la formule est directement empruntée au plan de relance de l’économie américaine mis en œuvre sous l’impulsion du président Roosevelt entre 1933 et 1938.
Passons sur les détails (1er new deal en 33, second new deal entre 35 et 38), l’idée directrice était, qu’avec l’intervention de l’État, il était possible de relancer l’économie, de créer des emplois et de mieux redistribuer les richesses produites.
Si on compare l’accord présenté aujourd’hui, on se rend compte que l’utilisation de la célèbre formule est, à minima, présomptueuse, voire carrément mensongère et perfide.

L’accord ne prévoit aucune intervention de l’État, il ne permet pas de redistribuer les richesses créées de manière moins inégalitaire et il ne crée aucun emploi.
En réalité, c’est même tout le contraire. Cet accord, que certains ont qualifié, en off, de permis de tuer, permet à la direction de supprimer plusieurs milliers d’emplois d’ici à 2019 sans rendre de compte à quiconque.

Pire, une fois de plus, ce sont les salariés qui resteront qui devront absorber la charge de travail toujours croissante… travailler plus pour ne rien gagner de plus en quelque sorte, le gouvernement Sarkozy n’avait pas osé, la direction du groupe le fait avec la complicité de la CFDT et l’UNSA !

Alors bien entendu, les collaborateurs zélés expliquent qu’ils ont obtenu la garantie que la direction ne supprimerait pas plus de 5000 emplois d’ici à 2019 et que donc ils défendent bien l’emploi… au mieux il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus… en réalité on nage en plein dans la malhonnêteté intellectuelle et dans la capitulation face à la destruction des emplois dans un pays qui réussi l’exploit d’être à la fois le meilleur élève européen en matière de versement dividendes au 1er trimestre 2016 et de se trouver en situation de chômage de masse… bref, on est bien loin des objectifs qui ont conduits les salariés de la fin du 19ème siècle à s’organiser en confédération syndicale…

Reste l’argument choc : entre un bon chèque et un départ au minimum légal, il vaut mieux un bon chèque.
Permettez une métaphore pour illustrer la situation…
C’est un peu comme si un anesthésiste (la CFDT et l’UNSA en l’occurrence) demandait à un patient (les salariés du groupe) s’il préfère que le docteur (la direction) ampute un membre sain avec ou sans anesthésie… on connaît la réponse avant d’avoir posé la question !

Mais la CGT le réaffirme clairement : il n’y a aucune raison d’amputer !
En aparté, nos anesthésistes en herbe expliquent à qui veut l’entendre que le docteur est un boucher de la pire espèce et qu’il coupera ce membre sain que le patient le veuille ou non. À les écouter, sans leur intervention, la boucherie serait même encore plus invasive.
Laissons là de côté la métaphore chirurgicale.

Certains salariés souhaitent objectivement quitter l’entreprise. Les raisons sont diverses mais la perte de confiance en l’avenir de l’entreprise et la brutale dégradation des conditions de travail sont déterminantes.

Pour ces derniers, la CGT propose deux choses :

–          Premièrement, de se battre à leurs côtés pour améliorer leurs conditions de travail et pour imposer d’autres choix quant à l’avenir de l’entreprise.
–          Deuxièmement, la mise en place d’une véritable GPEC qui donne les moyens financiers et en temps à celles et ceux qui ont un projet à l’extérieur de l’entreprise… mais sans suppression d’emplois. Cela signifie que pour chaque départ, il doit y avoir une embauche correspondante.

Personne n’est de trop dans le Groupe SFR. La rationalisation des fonctions ne passe pas par la suppression des emplois. L’absence des backups durant la période estivale a été criante. Au lieu de supprimer des emplois il faut répartir la charge et embaucher lorsque cela est nécessaire afin d’améliorer les conditions de travail et ainsi éviter une nouvelle crise sociale dans les télécoms.

La CGT n’est pas réfractaire, par principe, à l’idée de réorganiser l’entreprise. Pour être plus juste, dans le cas du groupe SFR, il faudrait d’ailleurs parler d’organisation de l’entreprise et non de réorganisation tant la situation est hors de contrôle dans de nombreuses directions du fait des réorganisations aussi hasardeuses que successives des dernières années.
Les emplois doivent être préservés et même développés pour répondre aux besoins de la population en matière d’accès au très haut débit sur tout le territoire.
Les moyens de rendre un service de qualité tout en créant des emplois existent bel et bien. Pour rappel, l’EBITDA était de 35% en 2015.

Pour la CGT, il est urgent d’imposer d’autres choix de gestion à notre employeur et de mettre fin au pillage en règle de l’entreprise.

Le rôle des organisations syndicales n’est pas d’aider le patron à supprimer des emplois mais au contraire d’obtenir, par le rapport de forces, des garanties sur la préservation du plus haut niveau de garantie sociale dans le groupe et son amélioration.

C’est donc logiquement que la CGT annonce d’ores et déjà son opposition à cet accord et qu’elle appelle les salariés à se mobiliser par la grève dès le 6 septembre pour exiger le retrait de ce plan de suppression d’emploi, la création de postes partout où cela est nécessaire, l’uniformisation par le haut des statuts collectifs au sein du groupe et la conclusion d’accords améliorant la vie au travail et rétablissant un peu l’équilibre vie privée/vie professionnelle.

La CGT demande aussi qu’Altice reverse à SFR les dividendes distribués en 2016 (2,5 milliards d’euros dont 1,6 financé par un nouvel endettement), qu’Altice reverse le profit réalisé lors de la vente d’Altice Media Groupe à SFR, l’internalisation des centres d’appels et des sous-traitants travaillant avec ou pour SFR et qui sont détenus directement ou indirectement par Altice ou ses dirigeants.

 

Télécharger la version PDF