Déclaration CGT au comité de groupe élargi du 19 mars 2015

Porté par l’ambition de concurrencer Orange, le groupe Numéricâble et sa maison mère Altice enthousiasmaient le monde de la finance par une levée de fonds historique pour acheter SFR. Le nouveau groupe se retrouve avec une dette nette de 11.2 milliards d’euros au 31 décembre 2014 et des intérêts de plus de 600 millions d’euros par an.

Le remboursement de la dette et le calendrier de la fusion ont plombé les comptes du nouvel ensemble qui affiche une perte de 175 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 11,4 milliards, en recul de 5 %. Les frais financiers ont plus que triplé par rapport à 2013 à 1,3 milliard.

L’agence de notation Moody’s a placé en février la note de crédit de Numéricâble-SFR sous surveillance en vue d’une possible dégradation, ce qui placerait le groupe dans la catégorie « très spéculatif ». Cette décision faisait suite à l’annonce d’une offre d’Altice France sur les 20% détenus par Vivendi. L’agence de notation s’inquiétait d’ « incertitudes significatives » entourant le financement et des répercussions alors que SFR est encore en phase d’intégration. Moody’s attend peut-être que l’appétit vorace des marchés friands de licenciements ait été assouvi…

Vivendi cède ses 20%, et la mauvaise nouvelle tombe quelques jours plus tard, Bercy estime que Vivendi a fait de l’optimisation fiscale avec SFR, le fisc aurait donc prévu un redressement fiscal de 1,3 milliard d’euros contre SFR… dont Vivendi paiera environ la moitié, mais le reste est à la charge du groupe déjà fortement endetté.

Ce qui n’est pas pour nous rassurer, la maison-mère Altice plonge dans le rouge en 2014, avec une perte nette de 413 millions d’euros. Sur 1 an, le total des acquisitions s’élève à 28 milliards d’euros. Et malgré cette perte nette non négligeable, Altice a racheté en janvier Portugal Telecom pour 7,4 milliards d’euros. Et ce n’est pas fini, Altice étudierait les obstacles financiers et réglementaires à un rachat de Bouygues Telecom.

Très endetté, le nouveau groupe a besoin de revenir aux bénéfices pour supporter son passif. Si une nouvelle guerre des prix éclate en France, forçant les opérateurs à baisser encore plus leurs marges nous pourrions nous retrouver dans une position ou le ratio dette sur Ebitda ne sera plus tenable. Mais tant que les marchés financiers frétillent tout va bien, et il y a de quoi, l’action ayant pris plus +11% depuis le 1er janvier et +63% sur un an.

C’est un ogre qui dévore tout sur son passage sous couvert d’une stratégie opportuniste : racheter le maximum d’acteurs pour occuper le terrain, rationaliser avec comme unique vecteur les économies d’échelle, et tout le reste, les moyens et forces de productions, n’ont qu’à suivre. Cette politique « volontariste » d’achat par endettement à automatiquement des effets néfastes sur le groupe lui-même que nous pouvons déjà déplorer.

L’impitoyable chasse au gaspillage serait orchestrée par Armando Pereira, le « cost killer » d’Altice. Voilà comment il résume sa mission : « Nous coupons les coûts sur les choses superflues (…). Nos salariés doivent avoir ce qui leur faut pour travailler, pas plus ». Et de fait, certains sites se sont retrouvés sans papier, sans stylo, ou ont évités de peu la coupure d’eau.

Numéricâble et Completel ont été condamnés 12 fois pour impayés depuis 2008. Et, dans 9 autres cas, le duo a échappé à la condamnation en réglant ses ardoises juste avant le jugement. C’est donc pour notre direction une pratique habituelle que de cesser d’honorer ses factures pour obtenir des ristournes de ses fournisseurs. On a pu lire dans la presse que SFR aurait laissé une ardoise de 3 millions d’euros chez Accenture. La filiale d’EDF Dalkia, qui refusait de baisser ses tarifs, a porté plainte devant le tribunal de commerce de Paris. Cisco réclamait un versement à date du 23 janvier de plus de 3 millions de dollars et menaçait quelques jours plus tard de ne plus livrer. D’autres versements seraient réclamés par Huawei, H.P, Ericsson, Alcatel-Lucent, Nokia Networks. Au total selon certaines rumeurs SFR aurait accusé 400 millions d’euros d’impayés fin janvier. Et de la ré-internalisation de tâches ce qui est surtout visible, c’est la suppression des postes de prestataires avant même d’avoir décidé comment ré-internaliser.

Il y a un gel des embauches sur le groupe, et vu les résultats des NAO des entités on peut aussi parler de gel des salaires. Comme l’action augmente, tout va bien, mais comme l’Ebitda baisse, les salariés n’auront rien ! Pendant ce temps, Vivendi redistribuera 5,7 milliards d’euros à ses actionnaires suite au rachat de ses 20%.

Chez Virgin Mobile, les effectifs auront bientôt fondu de moitié en à peine plus d’un an. Chez Telindus, il a été annoncé qu’il n’y aurait plus d’investissement et de remplacement des départs dans la B.U Conseil qui représente 55 salariés. Il est actuellement décidé de rapprochements géographiques afin de diminuer le nombre de sites en Province. Sauf que l’on déplace les personnes avant de déplacer les moyens et les outils pour travailler, comme c’est le cas pour les salariés de Completel qui sont désormais sur le site de Telindus Bordeaux. Il est à craindre qu’il en sera de même pour les salariés Telindus de Toulouse, plus d’une cinquantaine, qui vont certainement être déplacés dans les locaux SFR. Dans le groupe, les salariés se démotivent, et vu l’intérêt du groupe pour cette situation c’est à se demander s’il ne s’agit pas là d’une stratégie pour pouvoir réduire la masse salariale sans avoir à négocier avec les syndicats un plan social en faisant fuir les salariés.

A vouloir réduire la masse salariale sans en payer le coût, cela pourrait se terminer comme pour les salariés des centres d’appels ex-SFR. Au total, on compte plus de 1200 plaignants sur les 1877 salariés répartis dans les trois centres d’appel de Toulouse, Lyon et Poitiers gérés par SFR jusqu’en 2007. Ils réclament à juste titre des indemnités car ils ont été poussés à opter pour des départs volontaires. Nous sommes inquiets que la négociation d’un accord de mobilité groupe soit imposée par la direction dès le mois prochain.

Pour conclure, notre organisation syndicale fait donc le constat suivant : ce sont les salariés qui font les frais des multiples rachats en supportant les coûts de ces acquisitions. : conditions de travail dégradées, réductions des coûts, gel des embauches et gel des salaires… C’est là une caractéristique d’une politique parfaitement anti-sociale, aussi, nous demandons à la direction de prendre dès à présent des engagements pour remédier à cette situation avant qu’elle ne se dégrade davantage et nous appelons les salariés à la mobilisation notamment lors de la journée d’action nationale interprofessionnelle du 9 avril.

Que la direction soit pressée de faire le ménage, soit, nous ne passerons pas l’aspirateur !