Comité de groupe du 22 mai 2015 – déclaration syndicale CGT

Si les résultats sont bons sur le plan financier, les performances commerciales sont nettement en retrait. À peine arrivé aux commandes, le management de Numéricâble a mis en œuvre sa stratégie de gestion chez SFR. Les négociations brutales avec les fournisseurs pour les inciter à baisser leurs tarifs se sont traduites par une nette réduction des coûts de fonctionnement et de l’Ebitda ajusté du groupe à 930M€ soit +21% mais le chiffre d’affaires recule de 4,6% par rapport au 1er trimestre 2014.

Numéricâble SFR a perdu de l’argent au 1er trimestre. Le résultat net s’établit à 816M€, mais c’est un chiffre en trompe l’œil puisque SFR a bénéficié d’apports provenant de l’accord signé avec Vivendi. Sans ces éléments non récurrents le résultat aurait été de 132M€.

Numéricâble SFR a été victime d’une hémorragie de clients au premier trimestre 2015. Dans le mobile, 445 000 abonnés ont déserté ses rangs. Une aubaine dont ont profité ses concurrents : « SFR nourrit tous les opérateurs ».

 

Le nouveau surnom du groupe c’est « O positif » car il est donneur universel !

Petit exercice de décryptage du discours de la direction sur la qualité du réseau. Pour la direction la qualité du réseau est en nette amélioration. On se base sur le nombre d’appel aux services clients GP (grand public) ou STC (Support Technique Client) pour les entreprises. Le nombre d’appels baisse. Donc la qualité s’améliore. En fait il suffit de perdre 445000 clients pour constater qu’il y ait moins d’appels des clients. C’est chouette les indicateurs !

Descente de l’Autorité de la concurrence au siège du groupe en avril, plaintes des prestataires de services se jugeant maltraités, hémorragie d’abonnés mobiles, procédure d’une association de consommateurs… A cette longue liste s’ajoute le malaise des salariés.

La direction, visiblement touchée par la grâce, a présenté en CCE le projet « les femmes et les hommes au cœur du projet »… Enfin, soyons réaliste, se sont plutôt les résultats de « la voix des collaborateurs » qui sont les plus catastrophiques de leur histoire chez SFR qui l’ont contrainte à ce projet…

L’annonce, mercredi, du rachat de l’américain Suddenlink s’est faite au lendemain d’une grève des salariés de SFR, plutôt rare chez l’opérateur. Ils étaient 1 800 à avoir débrayés pendant deux heures soit près de 20% des effectifs de SFR. La mobilisation portait sur les questions de rémunération, de conditions de travail, de respect de l’accord de garantie de l’emploi et sur les méthodes brutales de Numéricâble vis-à-vis des salariés en interne et des prestataires.

 

Enfin, Altice achète 70% de l’américain Suddenlink, valorisé 9,1 milliards de dollars (8,11 milliards d’euros), avec un Ebitda de plus de 900 millions, c’est-à-dire une marge proche de 40%. Pourtant, techniquement, Altice ne déboursera qu’un milliard d’euros. Grâce à sa méthode fétiche : le LBO, qui consiste ni plus ni moins à faire payer l’acquisition par la société rachetée qui va s’endetter. A la tête de ce montage sophistiqué, c’est bien sûr Altice qui, au final, verra sa dette grossir. Les près de 6 milliards d’euros nécessaires à la prise de contrôle de Suddenlink vont donc venir rejoindre les 17 milliards empruntés pour mettre la main sur SFR, les 7 milliards obtenus pour Portugal Telecom et les millions pour Virgin Mobile. De 24,5 milliards d’euros, elle passera à 30 milliards d’euros, soit un ratio dette nette sur Ebitda de 4,9, juste en dessous du seuil maximal de 5 fois que s’est fixé la holding.

 

L’action Altice a gagné 170% en six mois et l’action Numéricâble 160% depuis un an. Le titre Altice a d’ailleurs pris 11,5% le jour du rachat de Suddenlink. Faut-il s’inquiéter de cette folie des rachats ? Un coup dur dans l’activité du groupe ou un krach sur les marchés pourrait faire s’écrouler tout le château de cartes.